Mais comment on fait pour s’aimer ? me demande Léa, jeune lycéenne.

« Avant on se posait moins de questions », remarque sa mère qui l’accompagne. Cette mère se sent impuissante à rassurer sa fille qu’elle trouve belle et intelligente.

Ainsi, l’être humain cherche depuis sa naissance la sécurité matérielle et affective, l’épanouissement et l’estime de soi. Pour cela, nous avons des questions, des choix à faire et des réponses à trouver en nous. Grâce à nos expériences, nous apprenons également ce qui nous convient ou pas.

Alors, comment devient-on vraiment soi-même ? Comment sortir de la dépendance à nos parents pour nous conduire vers l’autonomie ?

Je vais dans cet article tenter d’y répondre à travers mon expérience personnelle, mes lectures, mes recherches et ma pratique de l’hypnose thérapeutique.

La dépendance : de l’enfance à l’âge adulte

A l’occasion d’une réunion de famille, Pauline 35 ans, directrice commerciale dans un grand groupe, va passer en quelques secondes de manager d’une équipe de 25 personnes, à une petite fille docile, à la voix hésitante et aux gestes maladroits.

Elle n’en a pas vraiment conscience, juste un léger agacement le matin quand elle se prépare et des mouvements secs au volant de la voiture. Son mari et ses enfants sentent une tension mais elle nie son état à chaque fois. Quand elle rentre chez elle, le soir, elle se sent vidée, triste, angoissée. Il lui faut du temps pour retrouver la gaité qu’elle a habituellement.

La dépendance à nos parents est souvent inconsciente. Certes, nous avons un regard différent sur eux, ils prennent de l’âge et parfois nous devenons les parents de nos parents.

Pour autant, l’emprise d’un père ou d’une mère par sa présence, son regard, le ton de sa voix sont toujours imprimés dans nos cellules. Et même si nous sommes éloignés géographiquement ou qu’ils sont décédés, l’impact est réel comme s’ils nous regardaient, nous jugeaient encore. Nous avons envie de leur prouver notre valeur. « Est-ce qu’il serait fier de moi ? que me dirait Maman dans cette situation ? ».

La révolte pour se détacher

 

A l’adolescence, la plupart des jeunes s’opposent à leurs parents physiquement ou verbalement. Les portes claquent, les critiques fusent. La communication est de plus en plus difficile, passant du mutisme aux éclats de voix, de la gentillesse à la haine. Même si nous nous y préparons en tant que parents, nous nous sentons souvent démunis. Nous avons souvent la nostalgie de l’époque bénie des câlins et des bisous.

C’est une période de construction de l’identité. Le corps change et les hormones nous poussent à l’extérieur pour débuter une vie amoureuse.

Parfois, il est impossible de s’opposer et dans ce cas, on retourne l’agressivité contre soi pour ne pas faire de peine à un parent déjà dépressif, malade ou handicapé. C’est à ce moment que les troubles alimentaires apparaissent (anorexie, boulimie) les conduites d’autodestruction (alcool, drogues, scarifications, tentatives de suicides).

Pour d’autres, il n’y a pas de « crise ». C’est par exemple une étudiante qui travaille sans relâche, s’isole et veut toujours faire plaisir à ses parents.

Pour grandir,  il faut passer d’une phase d’idéalisation à une phase de détachement, qui n’est pas une phase de rupture.

Se détacher est sain car la relation permet aux deux personnes d’exister. Ce n’est plus une aliénation mais un lien.

D’ailleurs, on l’expérimente dans le couple, de la phase de fusion, on passe à la phase de remise en question pour que chaque individu puisse être lui-même, trouver sa place.

Un grand nombre de personnes pensent qu’une relation d’amour est finie quand la fusion cesse, alors que c’est là qu’elle commence. Mais pour cela, il faut avoir pu se détacher de ses parents et rester dans un lien sécurisant avec eux.

Sumonter une séparation

Ainsi l’amour de soi est compatible avec l’amour de l’autre. Alors la solitude est vécue comme un retour à soi, un moment privilégié pour répondre à nos besoins et non comme une épreuve, un abandon ou un rejet. Profiter de cet espace pour savoir qui on est, ce que l’on désire et ensuite partager, s’engager et construire.

Faire la paix avec soi

Quand nous sommes seuls, nous pouvons contacter l’enfant en soi. Cet enfant a des émotions, des douleurs, des peines. Si nous le dénigrons, le trouvons nul, moche, stupide, incapable de se débrouiller, c’est que nous le regardons avec le regard critique de nos parents, réel ou imaginaire.

Nous restons donc dans le jugement impitoyable envers soi et les autres. Nous avons un niveau d’exigence tel, que rien ni personne ne pourra nous satisfaire.

On peut apprendre à tout âge l’empathie envers soi, l’amour et la gratitude. C’est parfois très long et une thérapie peut aider. C’est quand nous réunissons toutes les parties de soi pour les réconcilier que nous pouvons nous exprimer, avec authenticité. Les plus beaux dialogues peuvent parfois prendre forme, sans reproche ni culpabilisation. Faire la paix n’est pas excuser le passé, c’est alléger notre présent.

 

 

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